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21 jours - à la SPCA

21 jours

à la SPCA

(Jour) 1

  • Moral : Curieuse
  • État d'esprit : Emballée, curieuse
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 6
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 4
    • Ouïe 2
    • Toucher 3

En ce jour 1, en plus de l'immersion à la SPCA, il y a celle de briser la glace avec l'équipe.

Il faut aussi dire qu'avec les animaux, je n'ai jamais eu de grand intérêt... les chats me semblent insignifiants. Quant aux chiens, j'ai aussi une certaine crainte.

Je réalise vite qu'il y a beaucoup de tâches d'entretien ménager, comme vider une quantité infinie de litières. Ça pue moins que je pensais, mais de prime abord, ce n'est vraiment pas stimulant. Il faut promener les chiens deux fois par jour, je crois que ça va vraiment m'ennuyer.

Je dois garder en tête les histoires des gens... pourquoi ils ou elles sont là. Il faut être dévoué, passionné pour travailler ici. Certains me semblent avoir des histoires fascinantes. Comme celle de Paul qui a 18 chats ou celle d'une jeune fille qui semble habiter en centre d'accueil. Il y a aussi les clients et les bénévoles sur qui j'ai envie de poser mon regard.

Ce midi, un monsieur est entré. Il ne m'a pas plu du tout ; son attitude, son énergie... je ne savais pas trop. Il disait gérer une maison des jeunes. Il voulait un chien pour la zoothérapie. Son histoire me semblait cousue de fils blancs. Puis, quand il est entré dans le chenil, tous les chiens se sont braqués. La préposée l'a remarqué. Un curieux personnage sur lequel je vais « enquêter ».

Je me suis coupé les ongles très courts, pas de coquetterie nécessaire ici!

 

(Jour) 2

  • Moral : Dégoûtée
  • État d'esprit : Hors de ma zone
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 6
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 5
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 5
    • Ouïe 2
    • Toucher 3

Le matin, c'est la course contre la montre pour nettoyer les chatières, cages, chenil, faire marcher les chiens. Il faut tout finir avant l'arrivée des premiers clients à 13 h. Il n'y a pas trop de bras ici!

J'ai de la difficulté avec les odeurs. Vider la m-*** à 9 h. L'air est vicié, ça pue, le cœur me lève, le nez me coule quand je vide les litières, j'ai la bouche sèche. Les excréments, les produits nettoyants, mais aussi celle de la bouffe à chats.

J'ai mal à la tête. Je ne pouvais pas rentrer à la maison, tantôt après le boulot, j'avais besoin d'air. Alors, je suis allée me balader à vélo. Une journée ça va. Mais tous les jours... en faire son métier, sa passion. Chapeau aux préposés! Elles connaissent les besoins de tous les animaux, s'en parlent constamment, échangent sur les suivis et le bien-être de chacun des chats et chiens.

Elles prennent le temps de jouer avec les animaux, les câliner, leur parler. Peu d'hommes ici... C'est une tâche maternelle et ingrate.

Les filles sont conscientes que leur travail est dur et que l'environnement de travail est difficile. Elles restent. Pourquoi? Chacune a son histoire. Je suis curieuse de la connaître.

(Jour) 3

  • Moral : En anticipation
  • État d'esprit : Apprendre à jongler entre la télévision et la médecine vétérinaire
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 6
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 4
    • Ouïe 2
    • Toucher 3

2e journée de tournage avec l'équipe. À la SPCA, c'est un autre matin dans les crottes de chats et autres tâches ingrates.

Je fais aussi une incursion à la salle de chirurgie pour me préparer à demain qui sera une journée intense de stérilisation de chats et chattes. Je vais assister la vétérinaire, ce qui consiste grosso modo à préparer les chats avant l'intervention et à m'occuper de la phase de réveil. Je serai aussi assistante pendant les stérilisations de chattes et d'un chien : enlève l'utérus, les ovaires, les testicules... Je pensais trouver ça vraiment éprouvant, mais il y a moins de sang que je pensais et finalement, je me surprends à être tellement zen et à vraiment embarquer dans l'aventure. Même si les jappements dans le chenil me stressent et m'effraient encore, je commence par contre à avoir moins peur des chiens. Mais qu'on se le dise, je suis loin d'être touchée, attendrie ou émue par ces bêtes.

(Jour) 4

  • Moral : Ultra concentrée
  • État d'esprit : Tellement concentrée et les yeux grands ouverts
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 2
    • Ouïe 1
    • Toucher 5

Quelle journée fascinante! J'ai passé une bonne partie de la journée en chirurgie.

Ce matin, nous avons stérilisé cinq chattes, puis cet après-midi, dix chats et cinq autres chattes. Bien sûr, je ne faisais qu'assister : tenir les animaux, couper les griffes, mettre du gel lubrifiant dans les yeux, les raser, les nettoyer, transférer les animaux d'une station à l'autre, noter les détails de chirurgie, débrancher les machines anesthésiques, etc. Il faut être dans un état de concentration totale, parce que le rythme de procédure est hyper rapide. Il ne faut pas non plus avoir le cœur sensible de voir tous ces animaux inertes se faire zigouiller le système reproducteur. Mais je comprends tellement l'importance de la stérilisation. Avec cette petite intervention aujourd'hui, la vétérinaire a empêché la naissance d'au moins 200 chatons.

On a aussi eu l'occasion de discuter de la philosophie de «no killing» qu'a adopté la SPCA Laurentides-Labelle. C'est ce qui la rend spécifique et qui me pousse à faire un constat : les gens trouvent bien cute d'avoir un toutou ou un chaton à la maison, mais voudraient pouvoir s'en débarrasser quand ils n'en veulent plus. La SPCA devient pour eux le «dépotoir» des animaux, mais ce n'est pas si simple. Si on ne tue pas les animaux à cette SPCA et qu'on a un espace et un financement limité, comment faire pour faire rouler la boîte? Adoption et sensibilisation à la stérilisation. Le nœud gordien se précise. Et au travers de celui-ci, il y a les fils des histoires personnelles de tous les employés qui me semblent riches et que j'ai envie d'entendre. Pénélope, une aide-vétérinaire, me racontait qu'elle a entraîné un chien Mira quand elle était jeune. Tout le monde a des histoires avec les bêtes qui ne me semblent pas banales.

(Jour) 5

  • Moral : Neutre
  • État d'esprit : User de diplomatie en gardant ses distances, la clé du service à la clientèle
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 2
    • Ouïe 1
    • Toucher 2

Journée tranquille avec une matinée de nettoyage. La quantité de lavage des couvertures, sarraus, guenilles et autres gamelles, seaux, litières, c'est infini.

Et franchement dégueulasse. Ça m'est difficile de comprendre qu'on puisse passer par-dessus le côté ingrat de ce boulot pour l'amour des animaux.

Aujourd'hui, avec Samantha, on a effectué nos tâches vraiment rapidement. La place est impeccable et j'ai même eu le temps d'échanger un peu avec elle. Elle aura 18 ans dans quelques jours et il y a une semaine, elle a quitté son foyer d'accueil de groupe pour aller habiter chez son copain et sa mère. Elle n'a pas habité avec sa propre mère depuis longtemps, ne l'a pas vue beaucoup non plus. Mais elle avait plusieurs animaux dans son petit appartement, probablement le seul lien qu'elles ont entretenu.

En après-midi, j'ai passé du temps à la réception avec Geneviève et Corinne. On a encore jasé pas mal de la diplomatie avec laquelle il faut user pour répondre aux personnes tellement émotives qui veulent laisser un animal. Et puis, il y a tous les jours, ces gens heureux qui partent avec une bête. Comme ce vieux couple qui a perdu son animal, il y a quelques mois, et l'homme n'avait plus de raison de se lever de son fauteuil. Avec le petit chien qu'ils sont venus chercher, il câline, il joue, il marche plusieurs fois par jour. Sa femme semblait soulagée.

Une bénévole, une dame très sympathique, prof de maternelle, en pré-retraite, allure jeune, qui vient à la SPCA une fois semaine pour faire du bénévolat, est passée pour s'occuper des chats. Après une heure, elle adoptait son second chat. Elle est vraiment gaga, exprimait beaucoup de sa crainte de faire «de la peine » à son 1er  chat en adoptant un second. Bref, elle représenterait bien le type de personne qui aime vraiment beaucoup les animaux et qui compense peut-être une certaine «carence». Elle-même dit qu'elle leur donne l'affection comme aux enfants qu'elle n'a pas eus.

Les animaux de compagnie sont vraiment source d'émotions. Extrêmes. Grands bonheurs et grandes détresses. Étrange qu'il ne me fasse encore aucun effet. Qu'est-ce que ça dit sur les humains, cet amour ou cette indifférence?

(Jour) 6

  • Moral : Fatiguée
  • État d'esprit : Prendre du recul pour mieux sauter
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 1

Aujourd'hui, c'était une journée de recul. J'avais besoin de digérer tout ce que j'avais vu et entendu au cours de la semaine. Je devais m'asseoir, seule en silence et écrire. Ce que j'ai fait.

J'ai l'impression que je peux maintenant repartir avec les idées claires et continuer de tenter de comprendre les enjeux qui s'élèvent à la surface et de mieux cerner le milieu dans lequel je vais encore évoluer pendant 2 semaines. Car oui, au-delà des excréments et des jappements, il y a des enjeux politiques, sociaux et affectifs. 

(Jour) 7

  • Moral : Relaxe
  • État d'esprit : Hâte d'aller sur le terrain
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 2
    • Ouïe 1
    • Toucher 1

Dimanche tranquille à la SPCA.

J'ai promené les chiens cet après-midi, quelques petits, et deux plus gros, choisis pour leur caractère docile ; et ç'a bien été. Je me prépare pour une promenade avec les plus vigoureux demain. Je me demande si d'ici la fin des 21 jours, j'aurai vaincu ma crainte des chiens. Le contrôleur revient de vacances demain, j'ai hâte d'entendre ses histoires, mais surtout de prendre la route avec lui. 

(Jour) 8

  • Moral : Remplie de compassion
  • État d'esprit : La misère humaine s'ajoute à celle des animaux
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 2
    • Ouïe 1
    • Toucher 1

Matinée de ménage et prise de contact avec Marc le contrôleur.

Nous avons quelques sorties à organiser ensemble au cours des prochains jours. Notamment une dame qui « a perdu le contrôle », elle aurait plusieurs chats dans sa maison et sur son terrain. Il doit vérifier si elle est en infraction et ce qui doit être fait. Il m'explique que ce genre de cas pose souvent un dilemme. S'il émettait un avis accompagné d'une sanction, probablement que la personne n'a pas les moyens de la payer, donc des gens, souvent en difficulté, qui pourraient se retrouver en prison. J'ai l'impression que parfois des cas qu'on me rapporte ici relèvent davantage de problèmes de santé mentale que de la maltraitance. Ce que Marc corrobore avec quelques anecdotes que je lui demande de retenir pour la caméra demain.

Nous serons par contre freinés dans nos ardeurs de démontrer la réalité de son travail puisque le MAPAQ, le ministère responsable de son poste, ne veut pas participer à notre émission et nous empêche de filmer les cas.

Nous sommes donc allés rencontrer les bonnes dames au comptoir de l'hôtel de ville de deux municipalités qui reçoivent les plaintes des citoyens. Cette gestion des cas des chiens et de chats errants, dérangeants, ou qui se multiplient ici et là semble embêter tout le monde. Marc qui a un immense territoire à couvrir est bien placé pour le voir. Sa solution : interdire la vente d'animaux ou à tout le moins d'animaux non stérilisés sur Internet et dans les animaleries. Il sait que ce n'est pas demain la veille. D'ici là, il arpente les municipalités des Laurentides et colmate les brèches. Je lui dis qu'il me semble que personne ne semble savoir par où prendre le problème. Il acquiesce.

Demain, on va sur le terrain! J'ai hâte. J'ai la bougeotte. Cette semaine prend une nouvelle direction avec des visites terrain et des illustrations d'histoires que j'entends depuis une semaine.  

(Jour) 9

  • Moral : Émue
  • État d'esprit : Passer par-dessus ses peurs procure une grande satisfaction
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 1

Journée de tournage avec l'équipe, nous sommes allés le matin dans un lieu où des agriculteurs vendent des animaux de la ferme, mais aussi des petits animaux domestiques.

Dans des conditions qui sont tout à fait le contraire de ce dont je comprends maintenant être des conditions minimalement adéquates ; taille, cage, nourriture, stérilisation, etc. Certains animaux étaient même dans des conditions atroces, plumes et poils manquants, yeux hagards, etc. Nous voulions aussi voir quelle réalité Marc le contrôleur côtoie quotidiennement. On l'a suivi sur le lieu d'une intervention où une colonie de chats s'est établie. La stratégie, c'est de les capturer et ensuite de les stériliser pour les relâcher dans leur habitat.

En après-midi, direction SPCA pour discuter avec Marc. C'est un être exceptionnel, touchant, qui m'a confié des portions de sa vie et surtout aidée à passer par-dessus ma peur des chiens. Quelle sensation de réaliser qu'on a confronté et vaincu une peur. J'étais émue et fière.

Puis voilà qu'au moment d'écrire ses lignes, un mini chaton de 4 semaines est installé sur mon pied gauche et me lèche la cheville. Eh oui, une dame a apporté 2 minets trouvés dans le bois et on m'a demandé de devenir famille d'adoption. Qui sait, après la peur des chiens, peut-être vais-je passer par-dessus mon indifférence des chats?

(Jour) 10

  • Moral : Heureuse
  • État d'esprit : Communier avec la nature et les animaux
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 2

Un après-midi passé dans un enclos de huskies. Moi. Qui l'eut cru?

Aujourd'hui, nous sommes allés à la rencontre de Jean. Tout un personnage. Il a une meute de huskies et les attelle en traîneau l'hiver pour des excursions touristiques. Il me parle de son amour inconditionnel des animaux. Me les présentent presque comme ses fils et ses filles. Ce qu'il tente de me faire comprendre, c'est que nous avons perdu le contact avec la nature, mais il valide aussi une pensée qui me trotte en tête depuis les derniers jours. Sommes-nous à la hauteur de nos animaux? Est-ce que nous les considérons trop comme des objets de consommation? Avons-nous réalisé la responsabilité que nous leur devons? Son idée est bien claire.

En matinée, j'étais à la SPCA et j'ai eu l'occasion de jaser avec Samantha. Elle a eu une enfance trouble et j'ai l'impression que les animaux, les chats surtout, ont un effet thérapeutique sur elle. Ce travail lui permet aussi de s'émanciper et d'avoir une meilleure estime d'elle-même tout en protégeant les animaux. Une mission qui semble vraiment lui tenir à cœur.

Il fait magnifiquement beau, dans le chenil entourée d'une meute de huskies, libérée de ma peur ;  cette journée d'automne sera gravée dans ma mémoire.

Je m'occupe de Kim-Fehmiu depuis 24 heures. Le bain a été donné, je l'incite à manger, nettoie sa cage, bref, m'occupe d'elle comme sa deuxième mère... et, oui, l'entendre ronronner quand elle tente de se lover sur mon pied est plutôt mignon. Je m'attendris ? En tout cas, chose certaine, même si l'idée me passait par la tête d'adopter un animal, je ne suis que trop consciente maintenant de l'engagement que ça nécessite, le filet de sécurité pour récolter les animaux abandonnés est trop mince, je ne pourrais pas m'y soumettre.

(Jour) 11

  • Moral : Neutre
  • État d'esprit : Fascinée par la chirurgie
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 2

C'est toujours fascinant de passer du temps dans la salle de chirurgie. Louise la vétérinaire est une source d'apprentissages, de réalisations et aussi d'expérimentations, car elle me délègue des petites tâches. Je prends confiance dans cet environnement qui me semblait tellement irréel il y a à peine une semaine.

J'imagine qu'il y a d'autres points de vue dans le spectre des protecteurs des animaux, mais son discours sur la stérilisation et notre légèreté devant nos responsabilités est claire. Je ne sais pas quelle position les téléspectateurs vont prendre après la diffusion de cet épisode, et c'est à leur libre choix, mais j'espère seulement qu'ils réfléchiront à tout le moins de la provenance et des répercussions de leur choix avant de se procurer un animal.

Puis je m'inquiète un peu pour Kim. Autant elle est vive et joueuse, j'ai l'impression qu'elle ne mange pas assez. Et puis tantôt, elle a vomi. J'espère que je ne suis pas en train de faillir à ma tâche. Ce serait embêtant!

(Jour) 12

  • Moral : Troublée
  • État d'esprit : Je ne suis plus seulement "la journaliste"... des liens se tissent avec mes collègues
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 2

Comme journaliste, on est habitué à être déstabilisé. Couvrir des histoires qui, on le sait à l'avance, vont parfois nous perturber. Je venais ici sans penser que ce sujet me toucherait réellement. Pourtant ce matin, lorsque je me suis levée trouvant Kim morte dans sa cage... ça m'a fait un choc.

Dans le cas de Kim, j'ai failli à ma tâche de garder en vie cet animal qui m'avait été confié. Trouver à mon réveil son petit corps inerte et ne pas trop savoir quoi faire m'a déstabilisée. À peine 3 jours avec elle et la maison est étrangement vide et silencieuse.

Je suis aussi émue de voir Ulysse la belle chienne qui part dans sa nouvelle famille. Je l'ai marché une dernière fois et elle ne voulait pas me laisser partir. Comme si elle sentait qu'elle avait eu un impact dans ma vie, que nous étions liées depuis qu'elle m'a appris à ne plus avoir peur des chiens.

Je parle beaucoup de notre rapport avec les animaux de compagnie... un bibelot pour certains... un revenu pour d'autres... car dans l'équation, il y a aussi ceux qui les élèvent. Ceux qui ont une relation purement mercantile avec eux. Troublant d'entendre cette histoire de Geneviève. Il y a quelques années, elle a dû se rendre chez un éleveur, qui exploitait une usine à chiots ;

500 bêtes confinées dans une étable dans des conditions horribles. Nourriture malsaine, vermine : on imagine le tableau.

Des chiens reproducteurs qui n'ont jamais vu autre chose que leur cage. Des bêtes hypothéquées pour la vie. Quelles sont les motivations autres que pécuniaires de ces gens? Comment dorment-ils la nuit?

(Jour) 13

  • Moral : Embêtée
  • État d'esprit : Prise dans un dilemme
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 2

Toute l'équipe était là aujourd'hui. Nous avions des plans, certains sont tombés à l'eau, d'autres sont apparus, et on a fait une belle rencontre avec une bénévole très engagée dans la cause animale.

Une dame qui nous a parlé du rôle fondamental des bénévoles et nous a présenté ses chiens, dont un qu'elle a en famille d'accueil. Un ancien chien de traîneau très apeuré par les humains. Comme je suis craintive des chiens, la chienne a dû sentir que je ne lui ferais pas de mal et elle m'a fait confiance. L'équipe pense que ce serait intéressant que je prenne le relais jusqu'à la fin de l'expérience. Je suis réellement embêtée. Ça serait intéressant de voir comment une telle relation de confiance se bâtit, mais à la fois, comme elle est déjà anxieuse, j'ai peur de mal m'en occuper, de mal l'élever, de la perdre sur la route, et si elle aussi mourrait comme Kim? 

(Jour) 14

  • Moral : Neutre
  • État d'esprit : Impossible de seulement regarder le train passer
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 2

Comme bénévole à la SPCA, je me sens de plus en plus empathique avec la mission de l'organisme.

Comme personne, je suis de plus en plus introspective sur la question de notre rapport individuel et collectif avec les animaux. Comme journaliste, je veux m'assurer que tous les points de vue seront entendus dans cet épisode. Toutes ces voix discutent dans mon esprit et même si ça commence à être un brin cacophonique, j'ai l'impression que c'est là que nous parviendrons à avoir un épisode balancé. J'amorce ma troisième semaine avec l'urgence de tout récolter, tout voir, tout comprendre, tout capter auprès de mes collègues, des clients, des animaux. 

(Jour) 15

  • Moral : Démotivée
  • État d'esprit : Chercher l'inspiration dans celle des autres
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 6
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 4
    • Ouïe 2
    • Toucher 2

Matinée de ménage, cette routine me pèse et je me demande bien comment ceux qui la vivent au quotidien restent motivés. C'est probablement là que la passion des animaux entre en ligne de compte et le contact avec les chats et les chiens du refuge les gardent stimulés. Comme je n'ai pas développé cette passion, je ne ressens pas vraiment d'intérêt à effectuer les tâches moins stimulantes. Quand je pense qu'un préposé fait 11,25 $ de l'heure.

En après-midi, c'était très calme à la réception. Corinne m'a donc incluse dans sa rencontre avec une membre du conseil d'administration qui commence à s'impliquer dans la stratégie de communication et de collecte de fonds. C'était intéressant de les entendre discuter stratégie. Mais aussi des limites. Car il y en a beaucoup et bien sûr, elles sont liées aux ressources. Ce qui m'a amenée à poursuivre ma discussion ensuite avec Corinne sur le financement, les défis, etc. J'admire leur engagement dans la cause qui leur tient à cœur. Je vais tenter d'y demeurer connectée pour m'aider à conserver mon intérêt.

(Jour) 16

  • Moral : Motivée
  • État d'esprit : En mode écoute
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 8
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 1
    • Ouïe 2
    • Toucher 1

Journée de rencontres, de visites et d'entrevues aujourd'hui. C'est vraiment intéressant de constater, surtout après 2 semaines ici, que plusieurs points de vue se complètent, mais aussi se contredisent. 

C'était frappant, dans cette même journée ; d'un côté le ministère, de l'autre des secouristes et militants pour le droit des animaux. Qui a tort qui a raison, je ne sais pas, mais chose certaine, les deux propos se retrouvent à l'opposé du spectre des opinions. Au ministère, on est satisfait du travail accompli sur le terrain, les ressources sont suffisantes, de l'autre il n'y a jamais assez d'animaux secourus et la société dans son ensemble n'est pas assez au fait du tort qu'on fait aux animaux.

J'ai travaillé dans plusieurs pays d'Afrique et connu là-bas des amis qui ont perdu leur enfant atteint d'une maladie bénigne par manque d'accès aux soins. C'est clair que lorsque je vois ce petit chaton secouru par une protectrice des animaux, sous soluté, dans un incubateur, j'ai ressenti un profond malaise.

Toutefois, de voir ce petit bout de femme et son conjoint investir leurs temps libres, leur budget dans la protection animale, ça m'a fait réaliser à quel point nous restons souvent passifs devant des injustices qui pourtant nous choquent.   

(Jour) 17

  • Moral : Curieuse
  • État d'esprit : La course contre la montre
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 6
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 1

Ma présence au sein de la SPCA est comptée. Et j'ouvre les yeux et les oreilles toutes grandes pour tout capter, tout comprendre.

J'ai mené plusieurs discussions au fil des jours et je commence de plus en plus à cerner le sujet. Bien sûr, ce sont aux animaux que je n'ai pas pu demander comment ils voient la situation. D'ailleurs, il y a des animaux qui arrivent ici, et dont on ne connaît pas l'histoire. Je disais à une collègue que ça serait chouette si les animaux pouvaient parler, on pourrait savoir leur vécu. Elle me disait qu'elle pense qu'on ne voudrait pas entendre ça, que ce serait sûrement trop dur et triste.

(Jour) 18

  • Moral : Fascinée
  • État d'esprit : Fascinée par l'anatomie animale
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 3
    • Odorat 2
    • Ouïe 2
    • Toucher 2

Depuis mon arrivée qu'on me raconte souvent que des chiens sont abandonnés devant la SPCA. Je n'avais pas été témoin de cela jusqu'à aujourd'hui.

Deux belles chiennes ont été laissées dans un enclos cette nuit. Elles sont très calmes ce matin, Caroline a fait un bon contact avec elles, mais lorsqu'elle a voulu les faire entrer au chenil plus tard en journée, elles étaient très agressives. C'était vraiment beau et impressionnant de la voir travailler et gagner leur confiance. J'ai une réelle admiration pour les employés. J'ai passé un autre long moment en chirurgie avec Louise la vétérinaire. Elle a procédé à une stérilisation d'une chatte en gestation. Trois petits chatons étaient rendus au troisième terme de développement. Ensuite, la technicienne m'a montré un des foetus. Je suis fascinée, c'est un réel privilège d'être témoin d'un acte médical comme celui-là. Mais ce n'était pas fini. Par la suite, j'ai aussi assisté à une nécrotopsie, une autopsie animale. Comme plusieurs petits chats sont décédés subitement dernièrement, Louise voulait s'assurer qu'il n'y a pas une maladie qui est en train de se développer. Finalement, ce chat n'indiquait rien qui pourrait expliquer les décès, mais présentait un cas fascinant. Une hernie du diaphragme si je ne me trompe pas ; son foie et ses intestins étaient au mauvais endroit et empêchaient les poumons de fonctionner normalement. Comprendre l'anatomie animale, voir chaque organe, chaque viscère, c'est très rare et je me considère chanceuse d'avoir vécu ça. La plupart des autres employés n'ont pas eu cette occasion ou ne veulent pas la vivre.

(Jour) 19

  • Moral : Irritée
  • État d'esprit : Les non-dits ne nous avancent à rien
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 1

Nous devions nous rendre dans une SPCA pour aborder la question inéluctable de l'euthanasie.

Une facette qui semble déranger puisqu'à moins de 24 h, on nous a dit que nous n'étions plus bienvenus ni pour tourner ni pour faire des entrevues. J'ai donc contacté la personne responsable pour la rassurer sur nos intentions et échanger des points de vue sur la surpopulation, l'euthanasie, l'adoption, la stérilisation, notre responsabilité envers les animaux, etc. Mais cette personne était très sur la défensive. Si au fil de notre conversation, j'ai doucement réussi à gagner sa confiance, elle s'est braquée à la fin de notre entretien.

Plus je m'approche des animaux, plus je porte un regard sur notre société. J'ai eu l'impression tout au cours des derniers jours que plus je laisse l'angle animal pour m'approcher des aspects politique et financier, plus mes questions sont embarrassantes. Si l'on parle d'euthanasie, eh bien là, c'est encore plus délicat. Comme s'il fallait exulter cette notion du portrait. On me dit clairement que c'est confrontant. Nous ne faisons pas une chasse aux sorcières pour pointer du doigt ceux qui pratiquent la mise à mort, mais bien tenter de comprendre pourquoi au départ tant d'animaux sont abandonnés. Si on ne regarde pas en face nos comportements et leurs conséquences, nous ne changerons jamais.

(Jour) 20

  • Moral : Affairée
  • État d'esprit : S'approcher de la fin du chapitre
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 7
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 2
    • Ouïe 2
    • Toucher 2

C'est étrange, je cherche les mots pour résumer mes 3 dernières semaines.

Je les trouve difficilement, car plusieurs idées se bousculent dans mon esprit. Celle de rencontres que j'ai eues comme employée ; tout ce que j'ai appris sur les animaux en regardant ces passionnés travailler ; tout ce dévouement et ce travail consciencieux qui m'inspirent. De l'autre côté, j'espère que mon expérience va mettre en lumière notre relation avec les animaux domestiques. J'espère que nous réaliserons que nous sommes tous complices en quelque sorte de ces mises à mort si nombreuses, que chacun a sa part de responsabilités et qu'il faut regarder la réalité en face. Il est vrai qu'elle n'est pas toujours aussi mignonne qu'une vidéo de chatons qui jouent ou de chien qui court après sa queue sur YouTube.

(Jour) 21

  • Moral : Comblée
  • État d'esprit : Une boucle bien bouclée
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 1

Ce matin, j'ai avancé d'un pas de plus dans ma compréhension du comportement canin.

Avec Caroline, on a fait l'évaluation d'une chienne qui m'avait donné du fil à retordre lors de sa marche matinale. Et là, avec elle, Mika est tellement docile! Visiblement, c'est comme avec les humains, il faut savoir comment les aborder!

Comme je comprends un tout petit peu mieux les chiens, leurs codes, j'ai moins peur. Il y a quelque chose de vraiment gratifiant lorsqu'on fait « un » avec un chien. J'aurai compris aussi ça pendant mon séjour ici.

On a aussi rencontré un jeune couple qui était venu adopter un chien il y a 2 semaines. Ils sont repassés aujourd'hui pour clore l'entraînement canin. Ils sont beaux à voir, à trois, ils sont l'incarnation même de cette relation qui se crée entre humains et animaux.

C'était aussi l'heure de faire les adieux. Pincement au coeur et gratitude envers toutes ces personnes qui m'ont ouvert leur quotidien et si généreusement partagé leur savoir.

  • Jours
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  • 19
  • 20
  • 21
Confessions
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