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21 jours - sur une réserve amérindienne

21 jours

sur une réserve amérindienne

(Jour) 1

  • Moral : Enthousiaste
  • État d'esprit : Prête à être dépaysée
  • Niveau de bien-être 9
  • Niveau de fatigue 2
  • Niveau de compétence 9
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 7
  • Jauge des sens
    • Vue 4
    • Odorat 0
    • Ouïe 3
    • Toucher 0

Longue route vers cette communauté inconnue qui va m'accueillir. 

Plus nous avançons dans les chemins glacés qui nous mènent à Manawan, plus je commence à réaliser que je m'en vais loin. Même si nous n'avons plus de réseau internet depuis belle lurette, que ni le téléphone ni l'internet ne fonctionnent et que ça va m'isoler, belle surprise en arrivant ici : la communauté me semble en plutôt bon ordre, quelques canettes de bières traînent par terre ici et là, mais les maisons sont plutôt jolies, le paysage est superbe et les gens faciles d'approche à première vue. Loin de l'image que je m'étais faite.

Faut pas oublier que Manawan, c'est aussi 2 000 et quelques habitants, trop peu de maisons, toutes surpeuplées. Une communauté éloignée, enclavée, des édifices tels que le centre de santé et l'école sont vétustes.

Ma première entrée dans cette communauté, c'est Gildor qui nous accueille dans son chalet et m'amène sur son skidoo à la visite du village. Un homme drôle, allumé, généreux, qui me fascine et me donne déjà quelques clés de réflexion pour les jours à venir.

(Jour) 2

  • Moral : Enthousiaste
  • État d'esprit : Aimerais parler Atikamekw
  • Niveau de bien-être 9
  • Niveau de fatigue 2
  • Niveau de compétence 9
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 7
  • Jauge des sens
    • Vue 4
    • Odorat 0
    • Ouïe 3
    • Toucher 0

Nous sommes arrivés ici avec certaines craintes et inquiétudes.

Surtout concernant la possibilité de faire mon immersion comme bénévole à l'école. Plusieurs démarches ont été amorcées, plusieurs demandes faites. Sans confirmation. Aujourd'hui, nous espérons rencontrer les bonnes personnes pour finaliser le tout. Nous sommes tellement bien accueillis, les portes s'ouvrent, les gens sont heureux de nous recevoir. Je comprends vite que l'éducation est importante ici. Je serai donc bénévole à l'école primaire. Celle-ci est au cœur de la vitalité de la communauté. Son présent et son avenir. Pourtant, elle est malade, cette école. Infiltration d'eau, moisissure, exiguïté, vétusté.

Tout le monde en est conscient. Et plusieurs personnes sont gonflées par la motivation de faire changer les choses, de faire plus avec mieux. Par contre, la Loi sur les Indiens les empêche d'avoir la liberté qu'ils souhaitent pour développer leur école, leur jeunesse et leur communauté.

Je constate une fois de plus qu'il n'y a pas qu'UNE vision atikamekw, il y a plusieurs visions sur la façon de voir le développement de la communauté. Les questions autochtones ne sont pas simples, comportent plusieurs nuances de gris. La visite de l'école et la rencontre avec le directeur d'école me le font réaliser.

(Jour) 3

  • Moral : Enthousiaste
  • État d'esprit : Craintes envolées
  • Niveau de bien-être 9
  • Niveau de fatigue 2
  • Niveau de compétence 9
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 7
  • Jauge des sens
    • Vue 4
    • Odorat 0
    • Ouïe 3
    • Toucher 0

J'ai commencé mon intégration à l'école ce matin, dans une classe spéciale où il y a habituellement 5 ou 6 élèves.

Au moment où j'y étais, ils étaient 3. Trois enfants avec des besoins spécifiques. Soit atteint d'autisme, de TDAH ou de retards graves d'apprentissage.

Je leur ai fait la lecture et j'ai été charmée par leur candeur. J'ai réussi à établir un contact avec eux, ce qui, je l'espère, est annonciateur de la suite des choses.

J'ai aussi eu l'occasion de jaser avec Herman Niquay Edman, un homme qui donnait des conférences aux jeunes. Il a mené une expédition de plus de 400 kilomètres qui l'a mené de Waskaganish à Attawapiskat en traîneau à chiens pour offrir son appui à Teresa Spence, la chef de la communauté Attawapiskat.

Je suis allée partager une bouchée chez Gildor et Janique ce soir. Ils sont tellement ouverts et sympathiques. J'ai l'impression que nous nous connaissons depuis longtemps.

J'aime beaucoup l'humour des gens ici.

J'ai mangé de la viande de caribou. Une première pour moi.

(Jour) 4

  • Moral : Stressée
  • État d'esprit : Hors de ma zone de confort
  • Niveau de bien-être 9
  • Niveau de fatigue 2
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 7
  • Jauge des sens
    • Vue 4
    • Odorat 0
    • Ouïe 3
    • Toucher 0

Aujourd'hui, je suis à l'école pour poursuivre mon bénévolat et aussi faire des rencontres.

Beaucoup d'imprévus au menu et des enseignants qui ne savent pas trop quoi faire de ma présence et mon offre d'aide.

Pourtant, les besoins sont grands. Il faudra tranquillement m'intégrer, mais à la fois, je ne sais pas trop de quelle aide je serai. Le niveau de ma classe est très faible, les jeunes agités et je n'ai pas d'expérience pour intervenir avec eux.

Cette immersion sera un grand défi, mais une bonne façon d'être témoin des besoins immenses en services spécialisés et en ressources dans cette école.

Les gamins n'ont pas la base pour monter leur propre structure; les fondations ne sont pas solides, voire inexistantes, chez plusieurs. Je ne sais pas trop comment faire pour y ajouter des briques et tenter de les faire profiter de mon expérience.

En soirée, j'ai jasé avec les parents de Gildor, c'est vraiment intéressant de les entendre me parler de Manawan il y a 70 ans. La vie a tellement changé depuis. Aujourd'hui, une dichotomie règne : conserver langue et tradition, tout en profitant du confort et de la modernité.

(Jour) 5

  • Moral : Stressée
  • État d'esprit : Totalement incompétente
  • Niveau de bien-être 9
  • Niveau de fatigue 2
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 7
  • Jauge des sens
    • Vue 4
    • Odorat 0
    • Ouïe 3
    • Toucher 0

L'équipe a repris la route ce matin, je suis donc en solo dans la communauté.

J'ai à peine mis le pied dans l'école ce matin, qu'on m'envoie remplacer un enseignant dans une classe de 6e année. Ils sont peu nombreux, mais n'ont pas une grande connaissance du français.

Je n'ai clairement pas les compétences, ni la méthode, ni ne connait le fonctionnement et les règlements. Au début, espérant créer un lien et discuter plus librement de la vie ici et de ce qui m'amène à Manawan, je suis gentille.

Ils le comprennent rapidement et je suis vite prise de court par leur comportement. De plus, ils communiquent tous entre eux en atikamekw. Ils doivent bien rire dans mon dos, ces pré-ados. Comme partout dans le monde, ils profitent de la remplaçante.

Je constate aussi rapidement que leur niveau est faible. J'aimerais avoir les capacités pour trouver une façon d'utiliser le temps judicieusement avec eux pour qu'ils apprennent ou se dégourdissent l'esprit, mais je me sens vraiment hors de ma zone de confort. Très loin même.

Je ne sais pas trop à quel point je dois pousser les enseignements ni être sévère. Visiblement, il y a des jeunes dans cette classe qui n'ont pas du tout le niveau. D'où je pars?

Je suis donc allée observer dans une autre classe pour prendre certains trucs et je constate que tout est naturellement calme et silencieux. Aucun truc à prendre ici... elle a le don et leur confiance.

Au retour, j'ai croisé Gildor sur la route qui m'a amenée à une activité communautaire, un méchoui où les aînés ont fait cuire du castor. Et même si je ne mange que très rarement de la viande, j'ai vraiment apprécié le goût de celle-ci.  Tout le monde est encore une fois tellement gentil et accueillant. C'est ainsi depuis mon arrivée.

Les craintes que j'avais d'être témoin de détresse humaine à tous les coins de rues se sont envolées, depuis longtemps.

J'ai jasé plus longuement avec Janique, la femme de Gildor, une Gaspésienne qui a habité huit ans à Obidjiwan et ici depuis un autre huit ans. Elle me confirme, comme plusieurs autres personnes, que les tensions raciales sont moins prononcées ici, que les problèmes sociaux moins accentués. Là-bas, c'est une réserve semi-sèche, pas de vente d'alcool. On a droit à un quota en y mettant les pieds, mais il faut se cacher derrière les stores fermés de sa maison pour boire une goutte et ce, jamais devant un Atikamekw.

(Jour) 6

  • Moral : Stressée
  • État d'esprit : Je retrouve mon aplomb
  • Niveau de bien-être 9
  • Niveau de fatigue 2
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 7
  • Jauge des sens
    • Vue 4
    • Odorat 0
    • Ouïe 3
    • Toucher 0

Je fais du remplacement ici et là dans les classes qui en ont besoin. Ce qui me donne l'occasion de rencontrer une grande variété de classes, de niveaux, d'élèves et de réalités.

Bien sûr, il y a l'effet "remplaçante", mais je vois aussi que les enfants sont dissipés, certains n'ont pas un niveau de français ou de concentration assez élevés pour suivre les enseignements.

Je m'attendais à une détresse plus grande dans les yeux des jeunes, bien que je suis consciente que dans les maisonnées de plusieurs, la vie est difficile.

Je dois répéter à chaque minute les consignes de rester assis à sa place, garder le silence, ne pas avoir la tête dans son pupitre, faire l'exercice demandé. Mais peut-être est-ce ainsi dans les classes de primaire partout?

À la fin d'une classe, où j'avais l'impression d'avoir passé l'heure à réprimander, les jeunes sont tous venus me faire un câlin avant que je quitte. C'est très touchant. En cette journée de St-valentin, l'un d'entre eux m'a même adressé une carte.

J'ai changé de logement hier, j'habite chez un couple dans la trentaine. Maison moderne, électro en inox, déco dernier cri, internet haute vitesse, aliments fins visiblement achetés à Montréal dans les armoires. Mon idée de taudis sans toilette, de roulotte en ruine est bien loin. Je suis dans une communauté relativement aisée. Nous sommes à des lieux de la crise du logement d'Attawapiskat. Je me questionne donc à savoir pourquoi tant de disparités entre les réserves? Une question que je vais explorer cette semaine.

(Jour) 7

  • Moral : Bon
  • État d'esprit : En mode réflexion
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 2
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 3
    • Odorat 0
    • Ouïe 2
    • Toucher 0

Congé d'école et de tournage aujourd'hui.

J'en profite pour aller faire une randonnée en raquettes sur le lac et absorber les constats de ma semaine. Je vois le village au loin et tout ce qui me vient en tête c'est que même si les jeunes que j'ai côtoyés cette semaine sont relativement confortables comparativement aux images de grande détresse autochtone à laquelle nous sommes habitués, ils sont quand même dans une situation inacceptable et injuste.

J'aimerais dire que ces jeunes, (et ils sont nombreux, les statistiques démographiques le prouvent) représentent l'avenir. Je ne suis pas sûre que nous soyons déjà devant un changement de paradigme.

J'ai plutôt vu une autre génération sacrifiée par le manque d'éducation adéquate, d'estime de soi et d'espoir, le manque de leaders inspirants et de possibilités, et bien sûr, les résidus du passage de leurs parents et grands-parents dans les pensionnats.

Combien de générations faudra-t-il pour effacer le passé? Combien de générations pour que les Autochtones saisissent l'occasion de se lever. Combien de générations faudra-t-il pour trouver l'équilibre entre tradition et modernité? Combien de générations pour que les «Blancs» considèrent les Premières Nations comme étant des êtres respectables, combien de générations de politiciens pour avoir une réelle oreille aux demandes des autochtones?

(Jour) 8

  • Moral : Frigorifiée
  • État d'esprit : Ravivée par le grand air
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 3
    • Odorat 0
    • Ouïe 2
    • Toucher 0

Il fait magnifiquement beau aujourd'hui.

Je pars en skidoo avec Gildor et ses enfants. C'est très agréable de passer du temps en forêt. En roulant sur l'immense lac enneigé, je vois le soleil se coucher à travers les montagnes et les arbres qui se colorent de rose clair au fuchsia. Le ciel est rempli d'étoiles, j'en ai rarement vu autant. Nous rentrons la nuit tombée, une odeur de gaz à motoneige imprégnée dans mes vêtements et les orteils gelés... mais des images de paysages superbes en tête.

(Jour) 9

  • Moral : Curieuse
  • État d'esprit : Commence à trouver mes repères
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 0
    • Ouïe 2
    • Toucher 0

Chaque jour où je marche au village, je remarque la jolie petite église jaune au bord du lac.

Je suis surprise que la religion catholique ait une place ici. Surprise, avec tout ce que l'on sait sur les pensionnats autochtones, que les gens aient envie de pratiquer la religion de ceux qui les ont brisés. Je me demande si cela indique un certain pardon. Je vais aller faire un tour à l'église demain pour en discuter avec le curé.

Hier, un groupe revenait d'une longue expédition de marche aller-retour entre ici et Wemotaci. Une activité pour motiver les jeunes, les inciter à explorer leur intérieur, se détourner de la drogue. Tout ça a fini avec une soirée à l'école secondaire où des jeunes chantaient et jouaient des percussions traditionnelles. Dans cette image, tout ce à quoi je réfléchis depuis quelques jours était là. Entre chaque pièce, certains musiciens jetaient un œil à leur iPhone.

Aujourd'hui, à faire l'enseignement,  j'ai rencontré trois classes. Certains des jeunes sont curieux, ils me posent plein de questions : d'où je viens, comment on devient journaliste? Ils veulent toucher à mes cheveux frisés. Dans les corridors, on me salue. Nous sommes mutuellement curieux l'un de l'autre. Je veux en savoir plus sur eux, et eux sur moi. En classe, je suis encore une fois jetée par terre par le manque de capacité à avancer seul. Si certains jeunes sont vifs et même ralentis par le groupe, la plupart n'a tout simplement pas le niveau pour faire un pas tout seul, me regardent les yeux dans le vide, le crayon à la main, la feuille d'exercice blanche. Je me demande quel avenir leur est réservé?

(Jour) 10

  • Moral : Irritée
  • État d'esprit : Plein de questions sans réponses
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 5
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 0

Depuis plusieurs années, je m'intéresse de près aux questions de pauvreté, d'exclusion et de droits humains en Afrique, en Asie et en Amérique latine, mais moins à celle des Premières Nations de chez nous.

Un séjour au Nunavut en 2010, puis le mouvement Idle no More qui a réuni des manifestants d'un océan à l'autre pour attirer l'attention des Canadiens sur leur sort m'ont ouvert les yeux.

Ce mouvement social m'a mis en plein visage les conditions de vie indignes dans lesquelles plusieurs communautés autochtones sont plongées. Tout ça se passe presque dans notre cour arrière et je n'y avais jamais réellement porté attention avant. Comme nombreux Canadiens d'ailleurs. Cette expérience me permet de constater leurs défis, mais aussi ce qui est fait localement pour changer les choses.

Manawan est une communauté relativement prospère, à proximité de plusieurs grands centres, motivée à garder vivante sa langue atikamekw, mais elle a quand même son lot de défis et de problèmes sociaux. 21 jours ce n'est que l'occasion de voir la pointe de l'iceberg.

Après les salutations, j'ai appris un autre mot ce matin qui démontre la complexité du vocabulaire atikamewk.

Tcotcocanapo (prononcer Tsotsochanabo) = lait

(Jour) 11

  • Moral : Calme
  • État d'esprit : Déroutée par les élèves
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 0

En remplacement aujourd'hui. Je dois répéter les consignes à chaque minute.

Celle de discipline, mais aussi celle des exercices à faire. Les élèves parlent, se lèvent, jouent dans leur pupitre, sont distraits, ne se concentrent pas. Ça me rend impatiente et je suis épuisée.

Lorsque je jase ce soir avec Sœur Hélène, elle-même souligne à la blague qu'un enseignant fait 15% d'enseignements et 85% de discipline. Ce n'est pas loin d'être vrai. Peut-être même plus quand on est une remplaçante sans expérience.

J'ai toujours trouvé que la religion et la spiritualité étaient de bonne façon de décoder une culture. Mon arrêt à l'église et la discussion qui l'accompagne est donc fort intéressante. J'ai aussi l'occasion d'y croiser une gamine très indisciplinée en classe qui vient ici faire ses devoirs. Étonnée, je la retrouve curieuse, calme, posée, douée. Comme quoi l'effet de groupe est fort et ce peu importe où l'on se trouve. Nous partons ensemble de l'église et elle me raconte qu'elle va rencontrer sa tante de Joliette avec sa mère ce week-end pour discuter de la possibilité qu'elle y habite pour aller dans une meilleure école où elle ne sera pas toujours en conflit avec ses copines.

Demain, je vais faire un passage à l'école secondaire et ensuite assister à une rencontre organisée par une prof qui est littéralement en croisade pour améliorer le niveau d'enseignement du français. J'ai l'impression que je vais apprendre beaucoup de leur constat.

(Jour) 12

  • Moral : Calme
  • État d'esprit : Faire des liens
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 0

J'ai validé plusieurs impressions en assistant à la réunion du petit comité informel d'enseignantes qui souhaite trouver des solutions aux problèmes liés au niveau de la maîtrise du français.

Elles ont abordé le fait que des parents rejettent l'atikamekw, espérant un meilleur avenir pour leurs enfants. D'autres trouvent que l'atikamekw n'est pas assez enseigné. Pas simple de trouver la recette magique.

Elles ont aussi abordé la question de l'alcoolisme fœtal qui hypothèque les capacités des enfants. Mais c'est un problème difficile à soulever dans une petite communauté où tout le monde se connaît. Il y a bien sûr l'arrivée de l'internet et de la télé qui perturbent la concentration, les nuits de sommeil et fait en sorte que les jeunes sont moins actifs. Mais ça, c'est une réalité qu'on retrouve dans la vie de tous les jeunes.

La question de l'encadrement parental qui n'a pas été acquis par nombreux parents qu'eux-mêmes n'ont pas vécu avec leurs parents a été abordée. Ces tristes pensionnats autochtones ont réellement laissé une cicatrice qui est encore douloureuse.

Je me demande aussi si ceux qui veulent réussir leur cheminement académique devront nécessairement passer par l'école des «Blancs»... N'est-ce pas une forme d'acculturation soft des pensionnats? Peut-être encore plus pour une nation comme les Atikamekws qui, plus que les autres, préservent leur langue.

On me dit que même si on sort de la communauté, on demeure toujours Atikamekw dans son âme.

(Jour) 13

  • Moral : Tristounette
  • État d'esprit : Dépassée par l’indiscipline
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 5
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 0
    • Ouïe 2
    • Toucher 0

Hier soir, j'ai passé la soirée avec deux clients de passage où je suis hébergée. Une Espagnole et un Belge.

C'était vraiment agréable de parler politique européenne et d'échanger sur nos voyages. Même plaisir la veille alors que je jasais avec une enseignante d'origine ukrainienne. On a fait le point sur la crise sociale et politique qui secoue son pays. Enrichissant.

Toute la journée en remplacement en 3ème année. C'est vendredi et les élèves en ont marre de leur semaine. Ils n'ont pas eu de récréation dehors ce matin ni cet après-midi. Bien sûr qu'ils ont envie de prendre l'air et de bouger.

Quelques têtes fortes sont vraiment dissipées et défient mon autorité d'une façon qui me surprend vraiment pour des enfants de 8 ans. Je ne sais pas à quel point c'est propre aux enfants d'ici ou c'est comme ça partout, mais je m'étonne de les voir incapables de se concentrer pendant 60 minutes à lire à leur pupitre. Il faut se lever à chaque instant, demander la permission de se lever, parler, ronchonner contre la consigne...

Hônnetement, je me trouve quand même pas si mal même si je dois répéter sans cesse. Je crois que j'ai réussi à me faire respecter, à passer certains enseignements et à avoir un peu de plaisir avec eux. Mais je lève mon chapeau bien haut à tous les enseignants.

Il pleut sur Manawan et tout est gris. On dirait que le village a perdu ses beautés.

(Jour) 14

  • Moral : Moche
  • État d'esprit : Impression de solitude et d’isolement
  • Niveau de bien-être 5
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 0

Journée de congé aujourd'hui. Le village est désert le week-end, soit que les gens partent en ville ou dans le bois.

(Jour) 15

  • Moral : Isolée
  • État d'esprit : Manque de stimulation
  • Niveau de bien-être 5
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 0
    • Toucher 0

Congé aujourd'hui. Le temps est long.

(Jour) 16

  • Moral : Vide
  • État d'esprit : Le désoeuvrement me gagne
  • Niveau de bien-être 5
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 5
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 0

Je sais que je me répète, mais une journée à remplacer c'est une journée à répéter.

C'est lassant! Mais après plus de 2 semaines dans la communauté, je réalise que certains jeunes ont un attachement ou ,à tout le moins, une curiosité pour moi. Disent mon nom lorsqu'ils me croisent, me saluent, me font un câlin, viennent me poser des questions, espèrent que je vais aller remplacer chez eux. Le petit contentement de ma journée.

Je manque de stimulation, il y a vraiment peu de choses à faire ici. À part le ski de fond ou la raquette, il n'y a pas de lieu où aller rencontrer des gens ou faire une activité. Je peux m'imaginer pourquoi certains jeunes se sentent désoeuvrés.

(Jour) 17

  • Moral : Dépassée
  • État d'esprit : Dépassée par l’indiscipline des élèves
  • Niveau de bien-être 5
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 5
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 5
  • Jauge des sens
    • Vue 0
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 0

Journée de remplacement en classe avec le groupe le plus perturbé qu'il m'ait été donné de voir.

Même d'imaginer. J'ai presque eu peur pour ma sécurité, tellement certains élèves de 6ème année, grands et tellement bouillonnants.

Beaucoup plus qu'une incursion au coeur de la nation atikamekw, c'est une incursion au coeur d'un métier sous estimé; celui de professeur en milieu défavorisé.

(Jour) 18

  • Moral : Bon
  • État d'esprit : Commence à boucler l’expérience
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 6
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 0
    • Ouïe 2
    • Toucher 0

Rencontre en fin de journée avec un groupe de jeunes qui font une vidéo pour un projet à l'école secondaire.

Ils vont aborder le fait qu'ils vivent une vie tout comme les autres jeunes non-autochtones. Ça semble important pour eux de faire savoir aux jeunes hors de la réserve qu'ils sont sur Facebook, ont les mêmes rêves, aspirations et loisirs que les Québécois. À ce que j'entends, tout ce qu'ils souhaitent, c'est d'être considérés d'égal à égal.

La communication avec eux n'est pas toujours simple, ils sont gênés. Je me demande comment il me perçoivent, mais visiblement, il faudrait un certain temps pour briser la distance entre nous et faire tomber les barrières.

(Jour) 19

  • Moral : Intéressée
  • État d'esprit : Aime les conversations profondes
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 0
    • Ouïe 2
    • Toucher 0

Rencontre avec Guillaume Vollant, le directeur de l'école secondaire. Un homme de coeur, passionné, inspirant avec qui j'ai jasé de façon très ouverte de la jeunesse de Manawan.

Plein d'humour et de lucidité, il regarde «ses jeunes» avancer dans la vie avec espoir, une double dose, car il dit que c'est ce dont ils ont le plus besoin, mais dont ils manquent le plus. L'espoir de passer leur année, d'avoir un boulot après leurs études, une vie meilleure. Avec 70% de chômage sur la réserve, c'est difficile de croire qu'il y a des raisons de se forcer à aller étudier. Notre rencontre m'a fait comprendre pas mal de choses. Me confirme que le grand dilemme qui me saute aux yeux est réel. La jeunesse atikamekw doit trouver la façon, sa façon de préserver sa culture, sa langue, sa tradition, mais aussi s'outiller pour vivre la modernité et profiter de ses possibilités de vie meilleure.

Ce soir, Hydro a coupé l'électricité. Pourquoi? Personne ne le sait. Cette pratique arrive occasionnellement. Par contre, il fait -30 cette nuit et certaines personnes disent que c'est pour embêter "les Indiens" par grands froids. C'est sûrement faux, mais assez révélateur du mur entre "l'État" et les Autochtones.

(Jour) 20

  • Moral : stressée
  • État d'esprit : Le temps est une donnée relative
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 0

Je savoure les dernières heures, mais en même temps, je me sens stressée.

Il reste peu de temps pour compléter le tournage et je me demande si nous avons tout couvert. Ce ne fut pas le tournage le plus simple. Le temps étant une donnée plus circulaire que linéaire ici, des rendez-vous sont retardés ou carrément tombés à l'eau. Il faut du temps pour s'apprivoiser entre «Québécois» ou «Blancs» et Atikamekws. J'ai l'impression que pour avoir le portrait juste des dynamiques et réalités de la communauté, il me faudrait rester ici bien plus longtemps. Il faudra me satisfaire de cette incursion à Manawan comme étant un premier pas fait vers cette nation. Les problématiques sont nombreuses, l'histoire, lourde de conséquences sur le présent. Ne nous le cachons pas, nous en sommes tous en partie responsables, que ce soit par le simple fait de ne pas connaître cette histoire. Et encore plus d'ignorer ce présent qui se vit à quelques pas de chez nous. En être conscient, c'est en quelque sorte commencer à réparer l'histoire.

(Jour) 21

  • Moral : Excitée
  • État d'esprit : Hâte de retrouver ma vie
  • Niveau de bien-être 8
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 8
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 6
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 0

Longue route glacée et enneigée qui me mène chez moi. En tête, plus de questions que de réponses...

  • Jours
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
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  • 13
  • 14
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  • 19
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  • 21
Confessions
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