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21 jours - sur un bateau de pêche

21 jours

sur un bateau de pêche

(Jour) 1

  • Moral : Curieuse
  • État d'esprit : Espère ne pas avoir le mal de mer
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 3
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 7
  • Jauge des sens
    • Vue 3
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 3

Aujourd'hui, c'est essentiellement de la logistique ; transport, achats de nourriture, rencontre avec les pêcheurs, installation dans le bateau.

Je fais une sieste avant le départ prévu vers 23:30 et finalement notre sommeil est interrompu. C'est la valse de bateaux qui arrivent à quai et partent en mer. Nous devons quitter précipitamment le port pour nous rendre compte à quelques kilomètres du port que le radar est défectueux. Brève frousse et finalement nous prenons le large. Vers 3 : 00 je me lève avec les pêcheurs pour lancer les filets à l'eau. Je me sens nauséeuse, un frisson parcourt mon échine et j'ai l'impression d'être à côté de mon corps. Une fois l'opération terminée je me sens mieux, mais j'ai l'estomac guère solide. Guy Leblanc, le capitaine du Steven Paul, le chalutier de 45 pieds sur lequel je suis embarquée insiste pour je mange. Je me force. Il est 6 h du matin, je m'effondre pour une sieste de deux heures.

(Jour) 2

  • Moral : Soulagée
  • État d'esprit : Hors de ma zone
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 2
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 5
  • Jauge des sens
    • Vue 3
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 3

Lever à 8 heures après seulement 2 heures de sommeil.

Il faut sortir les filets de l'eau, trier les crevettes des poissons qui se sont pris dans les filets, les mettre dans des poches puis dans la cale remplie de glace.Je n'ai pas trop eu le temps de penser à l'ampleur de cette expérience de 21 jours. Mais là, je remarque les rives qui ne sont plus que des ombres au loin, je réalise peu à peu ce qui m'attend. Je fais peu à peu connaissance avec mes 3 compagnons de voyage, Guy Leblanc le capitaine, son fidèle aide-pêcheur et ami Harvey Skinner et le fils de ce dernier, Éric. Ce sont eux qui vont rendre mon périple un peu plus facile, j'ai beaucoup à apprendre d'eux.

Pause de 4-5 h. La première pêche n'a pas été généreuse, la seconde sûrement pas non plus parce qu'il y a un petit problème avec les chaluts, ces longs filets installés après un système de poulies à l'arrière du bateau et qui racle les fonds marins à la recherche de poissons. Le capitaine est persuadé que la 3e levée sera bonne. Il fait beau, la mer est calme, la nausée est partie, j'ai bien mangé.

Je discute avec les gars, c'est vraiment agréable et facile de discuter avec eux. On va dormir à nouveau pour quelques heures et la 4e levée de chalut se relève affreuse. On a trop raclé les fonds et il y plein de boue, petits poissons, roches, coquillages, mêlés aux crevettes. Ça nous prend vraiment du temps faire le tri, j'ai les pieds et les mains dans l'eau glacée. Ça rend la crevette pas mal moins appétissante.

Guy, le capitaine, réalise au moment où l'on rentre qu'il y a un problème avec l'alternateur. Nous devons remettre le cap sur Mont-Louis. Je me couche épuisée. Pour l'équipage, c'est la première sortie en mer de la saison. Pas vraiment idéale. Mais ce n'est que partie remise.

 

(Jour) 3

  • Moral : Inutile
  • État d'esprit : Perdre mon temps
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 4
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 5
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 1

On est arrivés à Mont-Louis tôt ce matin.

C'est une journée un peu perdue parce qu'après avoir fait réparer le bateau, on se rend compte en fin d'après-midi que l'huile qui a été livrée n'est pas la bonne et qu'il manque une pièce. Il faut donc que le capitaine aille à Carleton cette nuit pour aller en chercher d'autres. Les gars sont un peu irrités de ne pas pouvoir se doucher et d'avoir perdu leur journée. Quelques tensions entre eux. Sur ce 45 pieds, difficile de fuir bien loin. Je me fais toute petite. Le temps commence à être un peu long. Soirée et nuit à quai. On attend aussi une livraison de glace et d'eau. On devrait repartir demain matin.

(Jour) 4

  • Moral : Bien
  • État d'esprit : Comme une autre personne
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 4
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 2

Nous avons pris le large ce matin et jeté les filets vers l'heure du lunch.

À peine 45 minutes plus tard, le capitaine sentait qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. En effet, le bateau peinait à avancer, on a donc remonté les chaluts. Pour la 2e fois, celui de gauche était plein de boue, de roches, de petits poissons, d'algues. Les mains dans l'eau glacée, on trie, on rince, on emballe. Résultat de la pêche : 10 poches, soit environ 300 lb. Vraiment trop peu. L'équipage discute, spécule, tente de trouver le problème et les solutions. De mon côté, je commence à avoir un petit dédain pour les crevettes. Je jase un peu avec un des employés du bateau qui me dit que la pêche à la crevette ce n'est pas très bon pour les écosystèmes marins, mais que veux-tu, il doit bien travailler !

Pour ma part, comme je mange très rarement de viande, mon option protéine au restaurant est souvent la crevette. Même si tous les choix alimentaires qu'on fait ont un impact sur notre environnement, je suis maintenant plus consciente de la chaîne d'impacts de la consommation des produits de la mer. Je visualise dorénavant les étapes entre leur habitat et notre assiette.

Le temps se gâte, il pleut et la mer est agitée. La levée de chalut suivante est fastidieuse, bien que dépourvue de boue. Mais elle est faste en crevettes... et en poissons. J'ai une légère nausée à cause de la houle, mais aussi de voir les centaines de bébés sébastes morts qui jonchent le pont après notre tri. Je chancelle jusqu'à ma couchette et je m'y accroche toute la nuit. Guy m'a suggéré de ne pas participer à la levée de nuit. La mer est déchaînée. Les pêcheurs ont de la difficulté à faire leur boulot.

(Jour) 5

  • Moral : Tannée
  • État d'esprit : Voudrait accélérer le temps
  • Niveau de bien-être 3
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 5
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 2
    • Ouïe 3
    • Toucher 2

À mon réveil, ça fait 10 heures que je n'ai pas mis le pied au sol.

Je suis blottie dans ma couchette depuis hier soir. La pluie n'a pas cessé et la mer est de plus en plus agitée. Mon corps se soulève parfois de mon matelas et des objets virevoltent dans la cabine. Je remercie mon corps de ne pas avoir trop le mal de mer, car cette journée serait atroce. Guy me dit que le vent va souffler à 20-22 nœuds jusqu'à environ minuit ce soir. Il m'incite à manger pour apaiser ma nausée et mon mal de tête, mais je n'ai aucun appétit.

C'est vraiment difficile de faire le travail aujourd'hui. Tout d'abord parce que je ne me sens pas bien, mais aussi parce c'est difficile de garder mon équilibre lorsque les vagues passent par-dessus le pont. En plus, il fait vraiment froid et il neige un peu. On est frigorifié. Bref, les pêcheurs me trouvent vaillante et sont reconnaissants que je rigole et cuisine pour eux. Moi, je crois que c'est l'une des pires sensations que d'être confinée ici avec toutes ces contraintes. Éric, un aide-pêcheur me regarde alors que je suis étendue sur ma couchette, il voit mon désarroi d'être confinée ici. Semble vouloir me consoler, en me confiant que j'ai le même air que lui lorsqu'il était en prison. C'est un personnage coloré qui raconte sa vie et ses déboires sans gêne.

Ce soir, on a eu encore des chaluts remplis de poissons. Plus de 4 grands paniers remplis de petits poissons morts, environ 500 lb pour une levée de chalut totale de 2 100 livres, ça prend des heures à trier.

(Jour) 6

  • Moral : Ankylosée
  • État d'esprit : Le calme après la tempête
  • Niveau de bien-être 4
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 5
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 2
    • Ouïe 3
    • Toucher 2

La mer est presque redevenue calme. Le ciel est toujours couvert et le froid persiste.

Ma nausée a tranquillement diminué en cours de journée. Rien avalé de la nuit et rien ne me tente ce matin non plus. J'ai peine à croire qu'il reste une soixantaine d'heures avant le retour. Éric rit un peu de moi en faisant le décompte d'heure en heure, et le nombre de levée de chaluts d'ici au retour. C'est-à-dire 4 à 5 par jour ; une douzaine d'ici le retour. Je crois que mes forces vont m'abandonner avant la fin. Je me suis à peine lavée depuis le départ et mon corps ressent le besoin pressant de marcher, voire de courir.

Au fil de la journée, le soleil se pointe, je m'affaire à la cuisine et je jase longuement avec les équipiers. La journée finit sur une bonne note, même si je suis très préoccupée par l'aspect environnemental de la pêche à la crevette. Les gars m'en parlent ouvertement, veulent que je filme les 800 livres de petits poissons sacrifiés que nous venons de pêcher, m'expliquent qu'ils souhaitent aussi voir les pratiques changer et être plus écolo.

Mon dos me fait souffrir de ces longues heures de tri et d'immobilité. Le soleil se couche, du pont je regarde les goélands danser dans le ciel.

(Jour) 7

  • Moral : Curieuse
  • État d'esprit : Emballée par les enjeux écolos de la pêche
  • Niveau de bien-être 5
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 5
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 2
    • Ouïe 3
    • Toucher 2

J'ai pris le luxe de dormir cette nuit et de ne pas faire la levée de chalut de nuit.

Au lever, les gars me taquinent. Pas longtemps, car depuis 2 jours je m'occupe des repas et ils sont bien contents. Peu de femmes font ce métier. S'il y en a, ce sont des blondes de pêcheurs qui veulent être proches de leur conjoint ou des filles de pêcheurs qui ont embarqué dans l'entreprise familiale.

Éric m'explique qu'être pêcheur, c'est soit être comme Guy ; s'y consacrer corps et âme à l'année pour améliorer son bateau et ses gréements de pêche, s'impliquer pour mieux comprendre l'industrie ou comme plusieurs autres ; bûcher dur pendant 12 à 15 semaines le temps de récolter tous ses timbres pour avoir droit au chômage et attendre tranquillement à la maison l'arrivée de la saison suivante.

À quelques reprises aujourd'hui, je me suis sentie bien et privilégiée d'être ici malgré le travail ardu. Je prépare le souper et je regarde la mer calme à l'infini, les goélands et les fous de Bassan qui volent autour du bateau en chantant, le soleil qui brille dans le ciel et j'entends les pêcheurs qui rient sur le pont.

La dernière levée de chalut a été difficile humainement. Il y avait tellement de petits poissons encore une fois, nous avons dû remplir les cuves d'eau et enlever les centaines de poissons à la main. Des poignées et des poignées de poissons morts. Une image morbide qui m'a dégoûtée et fait monter quelques larmes aux yeux. Ce ne sont peut-être que de petits poissons, mais je n'arrive pas à rester indifférente devant ce carnage. Je fais aussi le calcul, dans quelques années, ils auraient été des poissons de taille à être comestible, qui pourraient nourrir tellement de gens qui ont faim.

(Jour) 8

  • Moral : Relaxe
  • État d'esprit : Le bonheur d'une douche
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 4
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 0
    • Ouïe 2
    • Toucher 0

Après avoir accosté le Steven Paul au quai de Mont-Louis, c'est une période d'attente avant que les employés de l'usine viennent décharger la trentaine de milliers de livres de crevettes.

Les crustacés seront ensuite envoyés vers une usine de transformation où ils seront nettoyés, équeutés, additionnés de colorant, de rehausseur de texture et de préservatifs, puis réacheminés vers différents points de vente au Québec et aussi en Europe, un gros importateur de ces fruits de mer.

Ensuite, mes collègues pêcheurs vont retourner chez eux pour une pause méritée d'à peine 24 heures. Rendez-vous demain soir sur le quai pour un autre départ de nuit. Cette fois, nous mettrons le cap vers Sept-Îles. D'ici là, je profiterai du silence, d'un lit confortable et surtout d'une douche, loin du bruit assourdissant des moteurs.

(Jour) 9

  • Moral : Décalée
  • État d'esprit : Ouverture d'esprit et curiosité
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 5
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 0

Lever matinal avec une impression de décalage horaire.

Les jours précédents avec mes périodes de sommeil hachurées m'ont fatiguée. Le vent, le bruit des vagues et les voitures qui circulent sur l'autoroute 132 me tirent de mon sommeil agité. Au programme aujourd'hui, buanderie, épicerie, rattrapage de correspondance après 5 jours sans Internet.

De plus, je veux me repositionner par rapport à mon sujet. J'ai été happée par la réalité de la pêche accidentelle trop abondante et ces images de milliers de poissons morts me hantent. Je suis consciente après 9 jours d'expérience que je dois me reculer d'un pas et voir l'ensemble de la situation et non garder le nez collé sur un seul aspect. Je demeure tout de même convaincue que si le public savait tout ce qui entoure les pratiques de pêche industrielle, il exigerait l'amélioration des techniques et le respect de la certification. Mais à ce qu'on me dit, c'est qu'il y a trop peu d'inspecteurs pour constater la réalité, à l'instar d'autres secteurs liés à l'exploitation des ressources naturelles. Est-ce un choix économique, politique ou simplement le manque d'information ? Les prochains jours m'éclaireront sûrement.

(Jour) 10

  • Moral : En attente
  • État d'esprit : Ma tête veut prendre la mer, mon corps non
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 5
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 0

Les pêcheurs font des réparations et quelques ajustements sur le bateau.

Leçons tirées de la première sortie en mer, mais aussi de la visite d'un inspecteur de Pêches et Océans Canada.

De mon côté, je veux voir l'installation de la lucarne que Guy va placer sur son chalut de gauche. C'est un test, mais il espère ainsi réduire la quantité de petits poissons qui vont venir mourir sur son bateau. On rigole sur le pont, puis nous prenons le large vers 22 h.

(Jour) 11

  • Moral : Défenestrée
  • État d'esprit : Impression de déjà-vu
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 2
    • Toucher 2

Nous naviguons dans les eaux à environ 25 miles de Sept-Îles et au petit matin, tentons de repérer le lieu où la pêche sera fertile.

La première levée est modeste en crevettes et aussi en petits poissons. Il fait magnifiquement beau et doux. Je passe une partie de l'après-midi à lire sur le pont alors qu'Éric monte la garde et que les 2 autres dorment. En fin d'après-midi, nous réalisons bien que la pêche n'est pas fructueuse et qu'il y a peu de bateaux à l'horizon. Le capitaine décide donc d'errer à la recherche d'une zone plus propice. Le ciel et la mer sont magnifiques. Ça compense un peu, car je me sens plutôt inutile et le temps est long.

(Jour) 12

  • Moral : Confinée
  • État d'esprit : La rigolade me sauve
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 2
    • Toucher 2

Cinquième levée depuis le départ. La 2e où l'on doit inonder les cuves pour faciliter le tri.

À l'œil, il y a au moins 30 % de pêche accidentelle. Surtout des bébés sébastes, mais on remarque maintenant qu'il y en a des plus gros aussi et des bébés morues et beaucoup de capelan. La pêche est moins abondante, en moyenne 1 400 livres par levée. Cette nuit et demain matin, on annonce des vents de 20 à 30 nœuds. On fait une 6e levée et on se dirige vers le quai de Mont Louis. Je ne suis pas déçue. Aujourd'hui, à mi-chemin du second voyage, je me sens comme une lionne en cage : besoin de bouger, de faire et voir autre chose. Je me sens confinée.

(Jour) 13

  • Moral : Confinée
  • État d'esprit : Fausse joie au réveil
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 7
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 1
    • Ouïe 2
    • Toucher 2

Finalement, le vent ne s'est pas levé.

Au réveil, nous étions encore en mer et à moins que la météo change radicalement, nous ferons le voyage en entier comme prévu. J'avoue que je suis un peu déçue, surtout que le temps est gris et qu'il pleut. Pas d'après-midi à lire sur le pont aujourd'hui. Je m'occupe à cuisiner de bons repas aux gars et ils sont vraiment sympas avec moi.

Toujours autant de petits sébastes et de bébés capelans dans les filets. Cette nuit, il aura fallu plus de 3 heures de tri pour en venir à bout. Estimation : 45-50% de poissons mêlés aux crevettes. Je remarque aussi que depuis les quelques derniers jours, il y a une grande quantité de bébés crevettes. La pondaison est en cours et c'est ce qui explique cela. Toutes ces minuscules crevettes seront jetées à l'usine. Pourquoi on ne commence pas la saison plus tard pour laisser les femelles pondre et les bébés grossir ? Le capitaine lui-même trouve cela absurde de gaspiller toute cette ressource.

À force de répéter les mêmes actions depuis plusieurs jours, je suis en train de tomber dans une espèce d'état d'aliénation. Je ne dois pas penser en terme de moment présent, mais à l'aboutissement me dit l'un des pêcheurs. Il a essayé plusieurs métiers dans sa vie, mais celui de pêcheur saisonnier lui permet d'avoir le reste de l'année pour lui. Il peut alors faire des rénovations sur sa maison, passer du temps en famille, faire des petits boulots ici et là quand les occasions se présentent.

(Jour) 14

  • Moral : Amorphe
  • État d'esprit : Si la mer pouvait se calmer
  • Niveau de bien-être 4
  • Niveau de fatigue 3
  • Niveau de compétence 5
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 0
    • Odorat 2
    • Ouïe 2
    • Toucher 1

Levée au petit matin pour une session de tri de 3 heures.

Préparation du petit déjeuner dans la houle, tout un exploit. Plus la mer s'agite, plus mon estomac s'agite aussi et que mon niveau d'énergie baisse. Je descends à la cabine, m'accroche au cadre de ma couchette, à mon sac de couchage et j'ai la nausée. Impossible de participer à la prochaine levée de chalut. Du fond du bateau, je salue la force de mes trois pêcheurs, même pour eux cette journée n'en est pas seulement une parmi tant d'autres. Nous devions amorcer le retour vers Mont-Louis en fin de journée, mais finalement nous le ferons tout à l'heure. C'est difficile pour tout le monde. Terre ferme, terme ferme !

(Jour) 15

  • Moral : Énergisée
  • État d'esprit : Plongée dans un nouvel environnement
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 2
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 1

Au bout du quai de Mont-Louis, il y a une usine de transformation et un comptoir de produits de la mer.

Au temps de la Nouvelle-France, le port de Saint-Maxime-du-Mont-Louis était l'un des postes les plus importants de transformation du poisson de la Gaspésie.

Je vais donc y cogner pour qu'on me permette de passer un peu de temps à chacun des postes de la chaîne de transformation : de la réception, à la coupe des filets, en passant par l'emballage pour l'exportation en Chine et la préparation d'aliments prêts à manger. On est ici dans une entreprise familiale où tout le monde se connaît, y travaille depuis plusieurs années. On aimerait y travailler à l'année. Avec la pression économique sur les entreprises hors des grands centres, la famille semble aller dans une voie de modernisation.

(Jour) 16

  • Moral : Positif
  • État d'esprit : Laisser tomber mes préjugés
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 1
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 1
    • Ouïe 1
    • Toucher 3

Entre mes tentatives de tailler des filets de turbot dignes de ce nom, j'en profite pour jaser avec les dames qui effectuent leurs tâches avec précision et bonne humeur.

À première vue, une usine de transformation de poissons m'apparaît comme un lieu peu stimulant et difficile. Mais une dame termine ma petite formation en disant, fière, « voilà ce que je fais… pis en tous les cas, moi j'aime ça. » J'ai été touchée par la passion qu'elle éprouvait pour son travail.

Curieuse, je me dirige vers les bureaux où je veux entamer une discussion avec les fondateurs de l'entreprise. Un moment très enrichissant, avec des gens tout aussi passionnés, qui évoluent avec cette industrie depuis plus de 20 ans et doivent composer avec l'incertitude, les changements climatiques, les politiques autour des moratoires et des quotas.

(Jour) 17

  • Moral : Positif
  • État d'esprit : Transit avant la prochaine aventure
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 0
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 3
    • Odorat 0
    • Ouïe 0
    • Toucher 0

Je prends la route pour me diriger vers Percé, j'arrive en après-midi.

J'avais oublié à quel point le rocher Percé est tout aussi majestueux que l'Île Bonaventure juste en face. J'ère dans la petite ville déserte, mais si belle, à la recherche de restaurant. Tout est fermé, la saison touristique ne commence que dans quelques semaines. Je me couche tôt et programme mon alarme pour 2 h 30, je dois aller retrouver les pêcheurs de homards avec qui je vais passer les prochains jours.

(Jour) 18

  • Moral : Soulagée
  • État d'esprit : La pêche au homard = petite pause
  • Niveau de bien-être 6
  • Niveau de fatigue 5
  • Niveau de compétence 2
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 2
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 4

Rencontre au quai de Newport avec Joël Berthelot, Jocelyn Marcoux et Robert Mercier alors que le soleil se lève à peine.

J'embarque sur ce petit bateau piloté par Robert, l'ancien propriétaire du bateau. Avec son âge avancé et quelques pépins de santé, il a décidé de vendre son homardier à Joël il y a quelques années. Le regrette aujourd'hui qu'il va mieux, alors il se lève encore tous les matins, et arrive même à bord 1 heure avant les autres. C'est un pêcheur dans l'âme. Les deux autres, des entrepreneurs de la région, vivent l'expérience avec plaisir depuis 13 ans. Malgré le travail physique et d'avoir failli perdre un doigt entre les pinces d'un homard, j'ai l'impression d'être en croisière après l'aventure sur le chalutier.

Nous rentrons à quai vers 10 h, débarquons les boîtes de homards et la compagnie de transport vient les peser et les embarquer. Pêche fructueuse de près de 700 lb, c'est vraiment bon en ce début de saison.

(Jour) 19

  • Moral : Fatiguée
  • État d'esprit : Lever aux aurores une fois de plus
  • Niveau de bien-être 5
  • Niveau de fatigue 6
  • Niveau de compétence 2
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 1
    • Toucher 3

S'il faisait magnifiquement beau hier, aujourd'hui c'est un peu plus frais et gris.

Le plaisir est moins de la partie. Je réalise que beau temps mauvais temps, 7 jours sur 7, les pêcheurs doivent prendre la mer pendant les 68 jours consécutifs après l'ouverture de la saison.

Je partage le rituel de Joël et Jocelyn ; petit déjeuner au restaurant près du port. Il me parle de leurs mille et un boulots, de leurs efforts pour une pêche durable, de la présidence de Joël au Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie. Il me conseille d'ailleurs d'aller rencontrer le directeur O'Neil Cloutier pour mieux comprendre les enjeux.

Je rencontre un homme engagé, passionné, qui a autant à cœur la durabilité de la pêche, mais aussi les conditions de travail des pêcheurs.

(Jour) 20

  • Moral : Tannée
  • État d'esprit : Hâte de ne plus sentir le poisson
  • Niveau de bien-être 5
  • Niveau de fatigue 7
  • Niveau de compétence 4
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 1
    • Odorat 0
    • Ouïe 0
    • Toucher 3

Troisième et dernière journée de pêche au homard.

Bien que j'ai le pied marin, que mes hôtes sur le bateau sont réellement sympathiques, j'en ai un peu marre de la pêche, des actions répétitives, de l'inconfort, du lever matinal, bref, la relève dans cette industrie ne passera pas par moi.

Je fais mes adieux à Joël, Jocelyn et Robert, un arrêt à la poissonnerie pour faire le plein de crabes et de homards, la salive à la bouche, la tête pleine de questions et le corps épuisé.

(Jour) 21

  • Moral : Épuisée
  • État d'esprit : Émerveillée par la Matapédia
  • Niveau de bien-être 7
  • Niveau de fatigue 8
  • Niveau de compétence 0
  • Niveau de frustration 0
  • Apparence physique 4
  • Jauge des sens
    • Vue 3
    • Odorat 0
    • Ouïe 0
    • Toucher 1

Le retour s'effectue en partie via la Matapédia.

Une route parcourue dans mon enfance et dont j'avais oublié l'absolue beauté. Je somnole jusqu'à Mont-Joli d'où je prendrai l'avion vers Montréal. Je ne pense qu'à prendre un bain. Arrivée chez moi, je constate que mon corps est parsemé de petites rougeurs, stress, hygiène déficiente, irritation due à mes combinaisons que j'ai portées presque en permanence pour me protéger du froid, je ne sais pas. Bref, la pêche en haute mer laisse des marques !

  • Jours
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Confessions
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